De toute évidence la relation entre un enfant et son frère ou sa sur autiste est différemment nuancée selon l'âge. A quatre ou six ans un enfant est fort peu raisonnable. Toutefois, quel que soit l'âge, le fait de ne pas pouvoir établir une relation normale de réciprocité entre frères et surs modifie fondamentalement la relation. On ne joue pas avec un frère autiste comme avec un enfant normal. On ne parle pas normalement avec un frère autiste. Avec lui il faudra toujours mettre de l'eau dans son vin. Un jeu qui consiste à "faire semblant", ou "faire comme si" sera fort difficile à comprendre pour l'enfant autiste, voire impossible si le handicap est plutôt grave.
Il vient un moment où le frère ou la sur se sent irrité lorsque l' enfant autiste dérange. Nous avons décrit dans d'autres textes qu'un enfant autiste est déroutant pour ses parents; or il est tout aussi déroutant pour son frère ou sa sur. Le sens inverse a été observé également : c'est parfois le frère ou la sur qui provoque une irritation chez l' enfant autiste, soit par méchanceté, soit par le seul fait de jouets communs ou de terrain de jeu commun. Certains parents ont pu pacifier pareille situation en attribuant des zones propres pour jouer, parfois même avec des limites cloisonnées. De toute façon, un parent intègre sera exigeant envers son enfant autiste ; il exigera une attitude correcte, des paroles correctes, sans éclat de voix. Le frère ne doit pas toujours s'effacer devant les frasque de l'autiste.
Au fur et à mesure que les enfants grandissent, les parents pourront graduellement informer les frères et surs au sujet de l'autisme. Chaque chose en son temps. Ainsi ils apprendront les différents aspects du handicap, les mots, les termes appropriés. Une bonne connaissance du type de handicap engendre une meilleure affectivité, développe l'amour fraternel vis à vis de son frère autiste, et suscitera l'indulgence qui pourra empêcher la jalousie ou l'hostilité. Il faut que les parents en parlent. Lorsqu'ils ont un souci avec l'enfant autiste, il est bon d'en faire part aux frères et surs. Ainsi ils susciteront une prise de conscience pour prendre part aux soucis. Se soucier de l'enfant handicapé peut devenir un ciment pour les liens familiaux. Cela se vérifie pour toutes formes de handicap : souci partagé, ciment familial. Par ce biais il apparaît que les frères et surs n'ont pas toujours facile à vivre avec un frère autiste, mais même si celui-ci est fort dérangeant, ils finissent par s'adapter en général relativement bien. S'il restent des problèmes ou des tensions, ceux-ci sont plus fréquents chez les frères que chez les surs. Celles-ci sont plus indulgentes de par leur féminité.
Si le frère et la sur d'un enfant autiste peuvent s'accommoder à leur situation, et nous venons de voir comme les parents y sont pour beaucoup, il n'en est pas de même pour les amis qu'on fait venir. Certains enfants sont gênés d'inviter des amis; ils sont honteux. En effet nous savons d'expérience combien nombreux sont les adolescents qui prennent plaisir à se moquer facilement des autres, surtout si ceux-ci sont faibles, voire handicapés "Ton frère est un minus, un fou". Cela se raconte en classe, et durant la récréation, avec mépris. Certes, tous ne sont pas ainsi ; et les amis se choisissent. Dans la mesure de ces choix, il est possible, et même utile, d'inviter des amis à la maison. Le frère ou la sur se fera une raison d'expliquer la présence du frère autiste, tant bien que mal, à sa façon. Avec un peu d'explication il arrive que les amis réagissent positivement; ce n'est pas exceptionnel. Mais il reste des limites : "Nous ne pouvons pas faire dans notre famille ce qu'on peut faire autre part". Acceptation ou fatalité ?
Progressivement, les enfants grandissent; c'est propre à la condition humaine. Un jour arrive où l'invité ne sera plus un ami d'étude ou de jeu, mais un futur fiancé. Nous nous situons donc au seuil de l'union conjugale. Ici, pour un frère ou une sur, le problème se pose de façon plus complexe. Parmi les causes de l'autisme, nous avons décrit dans d'autres chapitres le trouble génétique. Cela signifie en clair que le frère ou la sur d'un autiste peuvent se poser la question de la probabilité de voir à leur tour un enfant à eux souffrant d'autisme. L'hérédité peut jouer. Un deuxième problème se greffe sur le premier : comment réagira le fiancé en apprenant qu'il entre dans une famille touchée par... une tare, comme disent les gens ? Dans certains cas, il s'efface, pour éviter d'affronter un risque prévisible. Et s'il reste, s'intégrera-t-il avec intérêt pour la cause de l'autiste ? Ce n'est pas sûr à priori.
Auteur : Jean-Pierre Naedts