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Qu'est-ce que l'autisme ?

Témoignages

La parole aux personnes autistes

Temple Grandin

Mes expériences avec les Problèmes Sensoriels de la pensée Visuelle et les Difficultés de la Communication
3. Expériences tactiles

Pendant mes voyages et nombreuses conférences sur l'autisme, plusieurs parents m'ont raconté que la thérapie de l'étreinte pouvait être salutaire. Ce n'est pas la "cure miracle", que s'imaginent certains adeptes; mais il a un effet salutaire sur quelques enfants. Selon moi, l'on peut obtenir les mêmes avantages par des techniques moins stressantes. Je me dérobais quand je regardais le spectacle de la BBC "La Visite", et suis bien heureuse de n'avoir jamais enduré l'étreinte forcée. Fisher (1989) décrit une approche plus douce d'étreinte qui fonctionnait avec sa fille. Une mère disait comment elle encourageait doucement l'enfant à tolérer davantage l'étreinte, et qu'il y répondait avec plus d'affectuosité et de contact visuel. Powers et Thorworth (1985) ont trouvé que le contact visuel et l'intérêt social s'amélioraient surtout avec une méthode plus douce de thérapie comportementale. Dans un cas, l'on maintenait un jeune garçon dans une légère étreinte jusqu'à diminution des pleurs. Dès que les pleurs s'atténuent, on relâche le garçon. Graduellement, l'on prolonge le temps d'étreinte.

Je crois que les effets salutaires de l'étreinte chez quelques enfants ont un lien avec la désensibilisation tactile du système nerveux de l'enfant autistique. Il s'agit d'un processus physiologique et sensoriel qui n'a rien à voir avec l'humeur affectueuse ou colérique de la mère. Je suis en désaccord complet avec Welch (1983) que l'étreinte ne devient efficace que lorsque l'enfant perd le contrôle de lui-même. Les problèmes sensoriels de l'autisme demeurent encore négligés. Beaucoup d'autistes sont hypersensibles aux sons et aux touchers. Les enfants autistes ont des problèmes à moduler les influx sensoriels (Ornitz 1985).

4. Les problèmes tactiles de l'autiste

Je me sauvais quand les gens tentaient de m'étreindre, parce que l'étreinte provoquait une énorme vague de stimulation à travers tout mon corps. Je voulais bien me sentir réconforter physiquement, mais dès que quelqu'un me tenait, je devenais très nerveuse. Il fallait absolument éviter cette approche, mais la surstimulation sensorielle entraînait l'évitement, non pas la colère ou la peur comme Riche et Zappella (1989) le suggèrent.

Un homme autiste, interrogé par Cesaroni et Garber, disait que le toucher n'était pas douloureux, mais accablant et bouleversant. Les petites démangeaisons et égratignures que la plupart des gens ignorent peuvent devenir des tortures. Un jupon qui frotte devenait comme du papier de verre qui poncerait une peau mise à vif. Le lavage des cheveux était aussi affreux. Que ma mère me frottait les cheveux, le cuir chevelu me faisait mal. J'avais aussi des problèmes à m'adapter aux nouveaux types de vêtements. Il me faisait plusieurs jours pour cesser de ressentir un nouveau type de vêtement sur mon corps; alors qu'une femme normale s'adapte au changement de pantalon à la robe en cinq minutes. Même un nouveau sous-vêtement peut me causer des problèmes. J'aimais aussi porter de longs pantalons, parce que je détestais que les jambes se touchent.

Titre d'origine: My Experiences with Visual Thinking Sensory Problems and Communications Difficulties. Temple Grandin, Ph. D. Professeur auxiliaire, Université du Colorado, Fort Collins, CO 80526 USA Textes originaux : Center for the study of autism. Traduction française : Claude Jolicoeur, md. Pédopsychiatre, Montréal, le 18 février 1996.